Histoire de la Goulue

Le French Cancan fait obligatoirement penser à La Goulue, si chère à Toulouse Lautrec et à Auguste Renoir.

La Goulue, de son vrai nom Louise Weber est née le 13 juillet 1866 à Clichy, dans une famille juive d'Alsace. Sa mère tenait une blanchisserie à Clichy.

Elle est tour à tour blanchisseuse, bouquetière, modèle pour les peintres et les photographes… Dansant dans de petits bals de banlieue, Louise Weber devient grâce à Charles Desteuque[1], une personnalité populaire. Elle est aussi remarquée par un certain Goulu-Chilapane qui l'accueille quelque temps dans son hôtel particulier de l'avenue du Bois. Elle débute dans une revue, au cirque Fernando. Grille d'égout, la danseuse-chorégraphe et Céleste Mogador lui prodiguent leçons et conseils et la font débuter en tant que danseuse, à Montparnasse, au bal Bullier et à la Closerie des Lilas. Despres, les frères Oller et Charles Zidler la lancent dans le cancan[2]. Lorsqu'elle danse le quadrille naturaliste, elle taquine l'audience masculine par le tourbillon de ses jupes à volants relevés qui laissent entrevoir sa culotte, et de la pointe du pied, elle fait voler le chapeau d'un homme. Son premier mentor et son habitude de vider les verres des clients, tandis qu'elle passe à leurs tables, lui vaut le surnom de La Goulue.

À Montmartre, elle rencontre Auguste Renoir,et pose pour lui et dira : « Il peint, il restera ! » Il l'introduit dans un groupe de modèles qui gagnent un supplément d'argent en posant pour des artistes et des photographes. Achille Delmaet, compagnon de Marie-Juliette Louvet, qui devient célèbre plus tard, fait de nombreux nus-photos de la Goulue.

Louise est prise en main par Charles Zidler et Joseph Oller qui ouvrent leur bal du Moulin Rouge, place Blanche, dès 1889. Louise fait la connaissance de Jules Étienne Edme Renaudin (1843-1907), une ex-célébrité de la danse devenu marchand de vins. Il danse encore à ses moments libres sous le nom de scène de Valentin le Désossé. Ils dansent le « chahut ». Les deux deviennent un « couple de danse » apprécié, mais c'est la Goulue qui vole la vedette avec sa conduite outrageusement captivante. En permanence en haut de l'affiche, elle est synonyme de French-cancan et de Moulin Rouge. Elle est la première vedette à inaugurer la scène de l'Olympia, fondé par Joseph Oller en 1893.

Au Jardin de Paris, elle apostrophe le prince de Galles, futur Édouard VII : « Hé, Galles ! Tu paies l'champagne ! C'est toi qui régales, ou c'est ta mère qui invite ? » Elle devient un des sujets favoris de Toulouse-Lautrec, qui l'immortalise dans ses portraits et ses affiches pour le Moulin Rouge, au côté de Valentin le Désossé.

Riche et célèbre, en 1895 elle décide de quitter le Moulin Rouge et de se mettre à son compte dans les fêtes foraines, puis comme dompteuse. Le 6 avril, elle passe commande à Lautrec de panneaux décoratifs[3] pour orner sa baraque de danseuse orientale. En décembre 1895, La Goulue accouche d'un fils, Simon Victor[4], de père inconnu (« un prince », disait-elle.). Un forain l'adopte et lui donne son nom. En 1898, elle se produit chez Adrien Pezon devant l'ambassadeur de Chine. Elle avait, depuis deux ou trois ans, appris à dresser les lions.

En 1900, à la mairie du XVIIIe arrondissement de Paris, la Goulue épouse le magicien Joseph-Nicolas Droxler. Il devient dompteur. Le couple habite 112, boulevard de Rochechouart (XVIIIe arrondissement).

Comme dompteuse, elle se produit dans les ménageries, fête à Neu-Neu et foire du Trône, et dans des cirques, où elle est un belluaire éminent jusqu'en 1904 et 1907. Elle et son mari sont agressés par leurs lions. Elle abandonne le domptage et réapparait en qualité d'actrice dans des petits théâtres et même aux Bouffes du Nord. Joseph-Nicolas Droxler, dont elle s'était par ailleurs séparée sans divorcer, meurt à la guerre de 1914. Son fils Simon-Victor meurt, à l'âge de 27 ans, en 1923.

Louise Weber sombre dans la déchéance de l'alcoolisme.

Amie de Rétoré,chiffonnier et brocanteur au marché aux puces de Saint-Ouen, elle vit, aux beaux jours, dans sa roulotte, revenant vers Montmartre, elle posséde son logement pour l'hiver, boulevard Rochechouart, contre le cabaret La Cigale.

La Goulue, devenue Madame Louise, entourée d'une cour de rejetés de la société, recueille les animaux de cirque malades et âgés ainsi qu'une multitude de chiens et de chats. Elle flâne sur la Butte Montmartre et dans les bistrots où tout le monde la connait. Pour le plaisir de rencontrer encore « le beau monde », elle va devant l'entrée du Moulin Rouge, où se produit Mistinguett, vendre des cacahuètes, des cigarettes et des allumettes. Elle signe ses photos à ceux qui la reconnaissent. Cette grosse femme qu'elle est devenue reste néanmoins Madame Louise. La « Miss », ainsi que Jean Gabin et Maurice Chevalier, la firent remonter plusieurs fois sur scène pour la présenter au nouveau public du Moulin Rouge. En 1925, Georges Lacombe la filme à l'improviste, habillée comme tous les jours, dans « La Zone »[5]. Sur ces images, peu de temps avant sa mort, elle est déjà malade.

Souffrant de rétention d'eau, La Goulue décède à l'hôpital Lariboisière le 29 janvier 1929. Quand elle meurt, elle est domiciliée à Saint-Ouen, dans sa roulotte située 59, rue des Entrepôts. Elle est enterrée au cimetière de Pantin presque sans témoin, mais en présence de Pierre Lazareff, attaché à la direction artistique du Moulin-Rouge. Grâce à son arrière-petit-fils Michel Souvais, elle est exhumée en 1992 et le maire de Paris, Jacques Chirac, ordonne le transfert de ses cendres au cimetière de Montmartre[6]. Michel Souvais prononce l'oraison funèbre. Les médias, des personnalités ainsi que deux mille personnes assistent à cette cérémonie.


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